Je suis passionné de ludification (Gamification) et de son impact sur la motivation et l’engagement. Seulement, comme toute chose, ce superbe outil peut être, et a déjà été, dévoyé. Rappelez-vous, la Rome antique utilisait les jeux pour maintenir son peuple calme et ainsi mieux le contrôler. Alors, pour ne plus jamais en revenir à “Panem et Circenses”  quelles contraintes éthiques devrions-nous nous appliquer?

Article sous forme de réflexion.

Le jeu, ce plaisir coupable

Il est bien loin le temps où les jeux n’étaient que d’argent ou enfantin. Ces dernières décennies en ont vu naître de nouvelles formes. Du jeu vidéo, qui a envahi les foyers, aux jeux de rôles en passant par les jeux de société, l’univers ludique a su s’inventer captant l’attention et les rêves de millions d’enfants…devenus grands.

Aujourd’hui, les jeux sont le quotidien de ces générations et il n’y a plus de honte à mettre les enfants derrière un film pour se faire une soirée jeux (vidéo ou non) entre amis.
Les titres sortent à un rythme effréné (brassant parfois des budgets pharaoniques) et les événements pullulent à longueur d’année, dépassant les LAN party des adolescents Geeks boutonneux.

Le jeu est omniprésent et c’est naturel que l’engouement qu’il suscite soit une inspiration pour d’autres secteurs.

La télévision, média populaire et pourvoyeuse de tendances, ne s’y est d’ailleurs pas trompée en ludifiant à outrance ses émissions musicales (THE VOICE) et de télé-réalité (SECRET STORY ou KHO-LANTA)

L’attractabilité, les facteurs de motivation ainsi que les bénéfices cognitifs du jeu sont étudiés et reconnus. Ils sont aujourd’hui à la base du développement de pôles entiers de compétences et d’innovations.

Le futur est en marche et il sera ludique.

Mais…..

Du pain et des jeux

Un épisode de la fabuleuse série d’anthologie de Science-Fiction « Black Mirror » (S1; E2) a nourri ma réflexion sur les dérives possibles.

Il y a quelques temps je partageais un article sur un logiciel de ludification pour le personnel de Call Center. Pour avoir côtoyé de près ces services, je sais que c’est un métier dur, ingrat et répétitif.
Rendre leur journée un peu plus légère, par des mécanismes ludiques, semble intéressant.
Il n’empêche que ce travail n’en sera pas moins dur et basé sur le nombre d’appels traités. La compétition est forte dans ce genre de secteur et les relations humaines sont souvent tendues.
Il pourrait être tentant pour un management de renforcer cette compétition au travers du filtre du jeu. Tout à coup, elle semble plus saine car impersonnelle et motivante car ludique.

Combien de temps le personnel tiendrait-il cette pression? Ses conditions de travail seraient-elles améliorées?

Dans le même état d’esprit, le jeu captant l’attention, un management peu scrupuleux pourrait en revenir aux vieilles méthodes romaines, afin d’apaiser une grogne sociale et mieux faire accepter l’inacceptable.

Il ne faut pas non plus faire du jeu pour faire du jeu. Avoir des kyrielles de formateurs, de consultants et de logiciels qui viennent ludifier process et formations sans autre but que de faire de la ludification.
Juste pour être tendance!
Jetez-moi la première playstation si vous ne connaissez pas de sociétés qui ont voulu suivre une tendance, sans que cela n’ait de suites réelles et positives pour l’entreprise…

Je passe les incivismes de certains des utilisateurs de Pokemon Go…Pourquoi en serait-il autrement en entreprise? Un employé qui se prend au jeu et en oublie le service au client au profit d’un score ou un apprenant plus motivé à remporter un jeu que par le message véhiculé, cela vous semble-t’il inimaginable?

Il n’est pas récent que les jeux soient pointés pour l’estompement de la norme qu’ils peuvent susciter.

Tous acteurs

Attention, ne vous méprenez pas sur mon propos, je ne dis pas qu’il faut enterrer la ludification. C’est un outil extraordinaire et enthousiasmant.
Je désire juste susciter la réflexion en terme d’éthique. Et cela de toutes parts, car l’un des  principes de la ludification, c’est d’être tous acteurs.

Une sorte de code de conduite, tacite ou non, dont certains points seraient les suivants:

  • L’humain doit rester au cœur de tout ce que nous faisons. C’est un élément primordial. Les outils sont au service de son bien-être et de son développement.
  • La bienveillance. Si nous gardons un cadre bienveillant, nous ne pouvons que tirer des bénéfices du jeu.
  • Gardons la finalité de ce que nous faisons. La ludification est un outil, pas une fin en soi, qu’elle soit tendance, qu’elle améliore la productivité ou qu’elle donne une bonne réputation.
  • Restons attentif. Les choses peuvent être légères et motivantes par le jeu mais il faut par perdre son sens critique pour autant. Au contraire, utilisons le jeu pour interroger le monde qui nous entoure et en inventer chaque jour un meilleur.

Let’s play

Je suis certain qu’il y a d’autres points qui pourraient figurer dans ce code de conduite.
Et s‘ils vous viennent à l’esprit, alors mon article est réussi.
Car il n’a pour vocation que d’interroger sur cette pratique émergente afin d’en tirer le meilleur au profit de tous.

N’hésitez pas à me faire part de votre avis et idées.
En attendant, amusez-vous.